Patrimoine
La chapelle des Landelles à Erbray : cinq siècles de foi
Aux Landelles, la chapelle Notre-Dame du Bon Secours raconte cinq siècles d’histoire. De la fondation en 1665 à la reconstruction de 1899, elle témoigne de la foi d’une communauté de potiers renommés.

La chapelle des Landelles à Erbray : cinq siècles de foi.
Nichée dans le village des Landelles, cette modeste chapelle dédiée à Notre-Dame du Bon Secours témoigne de la piété populaire et de l’histoire d’une communauté de potiers qui a marqué le territoire d’Erbray pendant des siècles.
Un village de potiers réputés
Le hameau des Landelles occupait autrefois une place importante dans l’artisanat régional grâce à ses ateliers de poterie. Le savoir-faire local était tel que plusieurs pièces produites ici sont aujourd’hui conservées au Musée national de Sèvres, témoignage de la qualité exceptionnelle du travail des artisans locaux.

© Jean-François Mousseau.
La vie religieuse rythmait le quotidien de cette communauté. Les potiers se réunissaient dans leur chapelle pour assister à la messe, et la fête patronale rassemblait chaque année les habitants le 15 août, jour de l’Assomption, sous le vocable de Notre-Dame de Liesse.
Les origines médiévales
Les premières traces documentaires remontent à 1511, lorsque les registres de la trésorerie paroissiale de Saint-Jean de Béré à Châteaubriant mentionnent des paiements aux fabriciens pour l’achat d’écuelles destinées aux potiers des Landelles. Ces petits pots servaient aux oblations, ces offrandes de beurre qui accompagnaient les célébrations religieuses.
Un siècle plus tard, en 1615, les archives paroissiales de l’église d’Erbray attestent l’inhumation de Jean Ouvrard, desservant du village des Landelles, confirmant l’existence d’un lieu de culte régulièrement fréquenté.
La fondation de la chapelle au XVIIe siècle
L’édifice actuel trouve son origine dans un acte notarié passé le 25 août 1665 devant les notaires royaux de la Cour de Nantes. Pierre Ouvrard, prêtre de Saint-Nicolas de Nantes et originaire du lieu, s’engage à financer personnellement l’édification d’une chapelle dans son village natal.

Cette construction répond aux besoins spirituels d’une population presque exclusivement composée de potiers dépendant de la seigneurie de la Ferrière. En 1692, la chapelle accueille le mariage d’Henri Louvel et Jeanne Pitrault, signe qu’elle fonctionne pleinement comme lieu de culte paroissial.
La reconstruction de la fin du XIXe siècle
Près de deux siècles plus tard, l’ancienne chapelle menace ruine. En 1894, Monsieur de Pontbriand, maire d’Erbray et député, initie un projet de reconstruction. Les habitants du village mobilisent leurs forces pour ériger un nouvel édifice à l’emplacement exact de l’ancien sanctuaire.
Les travaux s’achèvent rapidement. Le 8 octobre 1899, l’abbé Jean-Marie Tessier, curé d’Erbray, procède à la bénédiction solennelle en présence d’une foule nombreuse. La cérémonie est rehaussée par les harmonies des Frères de Châteaubriant, donnant à l’événement un caractère festif et solennel.
L’effondrement symbolique de l’ancienne chapelle intervient précisément le jour du Carnaval, comme si l’édifice attendait d’être remplacé avant de céder définitivement.
Un décor chargé de symboles
Le fronton extérieur arbore une pierre historiée sculptée et restaurée en 1991. Cet écusson aux armes des Condé, posé en losange selon la tradition héraldique française, rappelle le lien ancien entre le village et cette illustre famille. Les armoiries, sans brisures ni modifications, présentent trois fleurs de lys encadrant le collier de l’ordre du Saint-Esprit, couronné de la couronne comtale. Cette pierre témoigne vraisemblablement de l’appartenance de la chapelle d’Occident à la seigneurie des Condé.
Le pignon oriental porte un élégant vitrail quadrilobé. La cloche, fondue en 1902 dans les ateliers Astier à Doulon, a été généreusement offerte par les comtesses de Pontbriand et le comte de Villemorge. Trois ans plus tard, en 1905, Jules Gobbé du village de Beauchêne fait don du plafond.
Un patrimoine religieux remarquable
À l’intérieur, l’autel du XVIIIe siècle constitue la pièce maîtresse. Il présente une statue de Notre-Dame de Liesse accompagnée d’une Vierge à l’Enfant en bois polychrome d’une grande finesse artistique, qui faisait jadis l’objet d’une importante dévotion populaire.
Plusieurs saints veillent sur les fidèles. Saint Pierre apôtre, tenant les clés symbolisant le pouvoir spirituel confié par le Christ, rappelle son rôle de premier évêque de Rome et de fondateur de l’Église universelle. Saint Jean-Baptiste le Précurseur annonce la venue du Messie. La présence de Saint Hubert et de Saint Eustache, tous deux patrons des chasseurs, évoque la proximité de la forêt de Pavée où se pratiquait la vénerie.
La chapelle aujourd’hui
Depuis sa reconstruction, la chapelle des Landelles appartient à la commune d’Erbray qui en assure l’entretien et la conservation. Ce petit édifice demeure un témoin précieux de la vie spirituelle d’une communauté artisanale aujourd’hui disparue, ancrant dans la pierre et la foi le souvenir des potiers qui ont fait la renommée du village pendant des siècles.
Sur le document au-dessus, on y lit : Je vais décrypter ce manuscrit daté du 25 août 1665.

Transcription du texte principal :
Le vingt cinquième jour du mois d’août l’an mil six cent soixante cinq, par devant nous notaires royaux, héréditaires de la Cour de Nantes sous signés, a comparu vénérable et discret Maître Pierre Ouvrard, l’un des prestres du chœur de l’église paroissiale de St Nicolas de Nantes, demeurant au Bignon Estard de la Fosse dudit lieu, lequel après avoir oui et leu l’acte passé entre Monsieur le Président de la Coesnerie et le sieur Martin Pirault, sieur de Beauchesne, demeurant au village des Landelles, paroisse d’Hérbret, pour l’établissement d’une chapelle dans ledit village des Landelles. Icellui passé par devant Bertran Pirault, garde des registres notariés de la cour Pran de la Grée, en datte de quatorze de may dernier et volontairement promis et promist par ces présentes de fournir et contribuer de ses deniers propres à la somme de quatre cent livres tournois, une fois payée pour la construction et bâtiment de ladite chapelle à condition et en cette requo ledit sieur de Beauchesne Pirault fournira pour l’emplacement de ladite chapelle et circuit de dehors d’icelle jusques à deux cordes de terre ou haut du verger du chemin d’elleval dans ledit village des Landelles quoy que par ledit acte sus refferé, il n’en ait promis qu’une corde et demie et que tosdits habitans dudit village des Landelles fourniront au partis de ce qui conviena pour l’entière construction de ladite chapelle, et à ce faire s’obligeront par acte en bonne et authentique forme, autrement dès à présent, il renoncque ces présentes à l’exécution desquelles aux conditions sy dessus il s’oblige sur tous ses biens présents et futurs, comme pour deniers royaux, donc de son consentement nous dits notaires l’avons jugé et condamné du jugement de notre dite Cour de Nantes à laquelle et à toutes autres cours et juridictions requises il s’est soumis, fait et passé à ladite fosse au taber de Verger, l’un de nous dits notaires, en présence dudit Martin Pirault qui a promis par ces dites présentes donner jusques ausidites deux cordes de terre au lieu sus-indiquées pour l’emplacement circuit et uzine de ladite chapelle et a fait signer à sa requeste, attendu qu’il a dit ne scavoir signer à François Mirault présent et à monsieur de la Bonillière locatif trois fois ledit sieur Ouvrard ayant cy devant donné entre mains de Julien Rivert, l’un des habitans dudit village, par lequel il aurait promis donner deux cents livres pour ayder à la reconstruction et bâtiment de ladite chapelle, renoncque et nul autrement il n’es s’obligeroit pour lesdits quatre cent livres cy dessus et a signé, ainsi signé au registre. P. Ouvrard presbre, F. Mirault… Notaire royal et M. Verger, Notaire royal registrateur.
Nature du document : Il s’agit d’un acte notarié concernant la construction d’une chapelle au village des Landelles (paroisse d’Hérbret, près de Nantes). Le prêtre Pierre Ouvrard s’engage à contribuer financièrement (400 livres tournois) à cette construction, sous certaines conditions concernant le terrain fourni par Martin Pirault, sieur de Beauchesne.
– D’après les recherches d’Anne Legrais pour l’Association Saint Patern. Transcription d’Anne Lgrais et de Yohann Gourdon.
– Archives départementales de Loire-Atlantique.
– Visuels : © Jean-François Mousseau.
