Patrimoine
L’Hôtel de la Houssaye : un joyau architectural de la Grande Rue
Un édifice du siècle des Lumières

L’Hôtel de la Houssaye : un joyau architectural de la Grande Rue, artère importante de la ville.
Situé au n° 29 de la Grande Rue de Châteaubriant, l’Hôtel de la Houssaye illustre l’architecture urbaine du XVIIIe siècle. Édifié en 1769 par François Hochede de La Pinsonnais, cet hôtel particulier incarne le raffinement et le prestige d’une famille de notables ancrée dans l’histoire de la Bretagne.
Les Hochede : une famille au service des grands
Les Hochede (ou Hochedé) occupaient une position éminente dans la société d’Ancien Régime. Hommes de loi au service des illustres familles de Laval, Montmorency et Condé, ils tissèrent un réseau d’alliances matrimoniales avec la noblesse bretonne la plus distinguée. Leur union avec les Picot de Plédran, les Duhamel de La Bothelière, les Kerboudel de La Courpéan et les Le Normant de La Baguais témoigne de leur ascension sociale et de leur intégration dans l’aristocratie régionale.
L’arrivée des La Houssaye
C’est par le jeu des alliances matrimoniales, sous l’Ancien Régime, que l’hôtel change de nom en 1780. François de La Houssaye, officier de marine originaire de Saint-Martin-sur-Oust dans le Morbihan, épouse une Hochede et devient l’occupant de cette demeure prestigieuse. Sa belle-mère, Catherine Normant, appartient elle aussi à une famille notable de la région.
Une lignée aristocratique bretonne
Les descendants de François de La Houssaye perpétuent la tradition d’alliances. L’une de ses filles épouse un membre de la famille de Virel, châtelains du Plessis à Saint-Aubin-des-Châteaux, tandis que l’autre unit sa destinée à un de Villemorge, de Candé.
C’est cette dernière branche qui conservera l’Hôtel de la Grande Rue, assurant ainsi la continuité de l’occupation aristocratique de la demeure. Au fil du temps, les descendants vendront finalement la propriété à la famille Leroy-Ney.
L’aventure industrielle Ney-Leroy
L’histoire du XXe siècle de l’Hôtel de la Houssaye s’écrit au rythme des machines. Lorsque Georges Ney s’associe à son beau-frère Modeste Leroy pour racheter le bâtiment en 1918, la vieille demeure aristocratique se métamorphose : les salons deviennent entrepôts, la cour accueille des ateliers. L’entreprise démarre avec une quinzaine d’ouvriers qui façonnent articles ménagers et quincaillerie.
Les années 1930 voient naître la marque Oxo, juste avant que la mort de Georges ne laisse Germaine et Modeste tenir seuls la barre durant la tourmente de la guerre. Leur fils Georges, prisonnier en Allemagne pendant cinq ans, retrouve l’usine familiale à la Libération et épouse Renée Cosson, issue d’une famille commerçante locale.
La reconstruction se révèle ardue. Vers 1955, l’activité de négoce disparaît au profit de la seule manufacture, qui trouve sa voie dans l’inox et l’équipement de laboratoire. Une décennie plus tard, le tournant du fil plastifié ouvre de nouveaux horizons pour la production domestique. Après avoir perdu ses parents, Georges Leroy s’oriente vers un partenariat en 1979 avec la création de RBL Plastiques, tandis que la fabrication inox migre vers la zone industrielle en 1973.
Le crépuscule de l’ère Ney-Leroy survient à la fin des années 1980. La cession aboutit en 1991 à la naissance de Précifil, clôturant ainsi sept décennies de saga industrielle dans les murs séculaires de l’Hôtel de la Houssaye.*
Des trésors d’architecture et de ferronnerie
Un escalier d’exception
L’Hôtel de la Houssaye recèle un escalier en fer forgé d’une facture remarquable. Cette pièce maîtresse de ferronnerie témoigne du savoir-faire des artisans du XVIIIe siècle et de la volonté des commanditaires de créer un décor intérieur digne de leur rang.
L’escalier constitue à lui seul un élément architectural majeur qui justifie la protection patrimoniale de l’édifice.
Les plaques foyères : mémoire des alliances
Les plaques de cheminée conservées dans l’hôtel sont un témoignage précieux de l’histoire métallurgique et héraldique de la région. Fondues dans les forges locales de Moisdon, Riaillé ou Martigné, elles arborent des armoiries prestigieuses.
Celle aux armes des Condé présente trois fleurs de lys avec la brisure, rappelant les liens entre les Hochede et cette branche cadette de la maison royale de France. Elle atteste du service rendu par les Hochede à cette illustre famille princière.
La plaque aux croissants et épées porte « trois croissants en alliance avec deux épées croisées », évoquant l’union des Kerboudel de la Chaussée, seigneurs de Moisdon, avec la famille La Chalotais. Cette alliance rappelle les réseaux de la noblesse parlementaire bretonne, notamment la célèbre famille du procureur général Louis-René de Caradeuc de La Chalotais.
Ces plaques foyères, au-delà de leur fonction utilitaire, constituent de véritables documents historiques gravés dans le métal, témoignant des alliances, des prétentions nobiliaires et du réseau relationnel des occupants successifs de l’hôtel.
Un patrimoine protégé
Recensé dans la base Mérimée du ministère de la Culture, l’Hôtel de la Houssaye bénéficie d’une reconnaissance patrimoniale qui souligne son importance architecturale et historique. Cet édifice représente un exemple de l’habitat urbain aristocratique du XVIIIe siècle en Bretagne, où se conjuguent élégance architecturale, raffinement décoratif et mémoire des grandes familles.
Aujourd’hui, l’Hôtel de la Houssaye demeure un témoin privilégié de l’histoire de Châteaubriant, incarnant près de deux cent cinquante ans d’histoire familiale, sociale et artistique au cœur de la Grande Rue.
*Inventaire archives de Loire-Atlantique.

